

Liens, sexe, peurs, mensonges, illusions, pouvoir, désirs, toutes les forces inouïes à façonner une vie humaine confient un rôle des plus modernes aux Matadors, femmes libertines de la ville de St Pierre, d’avant 1902. L’artiste Marc Marie-Joseph redonne vitalité et élégance aux grandes dames qui ont illuminé les soirées et l’histoire de St Pierre, faisant par ce coup d’éclat poétique et esthétique entrer la critique sociale d’hier dans le champ de la création artistique contemporaine.
Une jubilation picturale, des bouquets d’explosion de couleurs flamboyantes habillent les corsets de nos fantomatiques Matadors, dont la jouissive lucidité, pourtant, sied admirablement à ne pas emprisonner l’amour ardent.
Au regard de la peinture de Marc Marie-Joseph, un miroir est offert, là où la nuit à St Pierre est amoureuse de la part d’ombre qui habite d’aucun d’entre nous et révèle le charme et la grâce d’une époque et de lieux, les pulsions et les drames destructeurs d’un monde déjà complexe pour que l’homme et la femme puissent même s’y rêver.
Passé, le chaos humain et hurlant de la traite négrière. Encore confusément, portées par l’imparable excuse de trouver un sens à leur propre existence dans l’épreuve digne de la liberté, les Matadors dont le visage n’apparaît jamais comme pour porter haut leur inaccessibilité, crânent. Quel tour de force pour des fantômes, volutes mémorielles échappées des ruines et des cendres, belles évadées des maisons aux volets clos de jadis, au bord de la Roxelane.
Le goût amer du sucre au coin de lèvres ostensiblement fardées, assoiffées d’érotisme, les Matadors privilégient une vie d’apparences et de divertissement, de débauche et de sensualité, de folle théâtralité.
La tromperie est une tactique existentielle.
La retenue, la contrainte, la culpabilité et le moralisme au rythme du goupillon le dimanche matin, en blanc et en latin… L’exaltation et la luxure en réponse aux petites catastrophes de tous les jours, plaisirs, fantasmes et réalités créoles.
Car point de Matador si en face l’homme ne se montre pas.
Dans les années 1900, à St Pierre, la société martiniquaise est prometteuse certes, inachevée certainement.
Quelque part entre la caricature et le puzzle historique, les hommes traversent l’époque, leurs secrets de famille et les fantômes en carton aussi.
L’œuvre de Marc Marie-Joseph distille une mémoire suggestive de St Pierre au gré d’indices qui nomment ce à quoi il aspire, nous raconter une histoire de charmes de tous les temps. Les Matadors, femmes infidèles aux lois des hommes et fidèles à l’amour…
Géraldine Constant